Depuis notre arrivée en Italie, la profusion de panneaux sur le bord de la route indiquant des « agriturismo » nous interpelle ! Le tourisme à la ferme est-il vraiment plus développé qu’en France ou bien davantage mis en valeur ?

Pour mieux comprendre ce qu’il se cache derrière le terme « agriturismo », rien de tel qu’en essayer un !

Nous en avons même essayé trois, la pluie jouant en faveur de la recherche d’un peu de confort.  Le premier, près de Tivoli, à l’est de Rome, sur une zone peu propice au camping sauvage : la nuit étant tombée, nous nous sommes laissés tenter par une de ces pancarte « agrirurismo ». Par chance, la chambre était libre et la patronne sur les lieux! Première expérience agréable : Confortable, accueil sympathique,… Et pas de doute possible, la vue de notre chambre donne en plein sur les silos et les bâtiments agricoles. Nous étions bien logés sur une ferme, céréalière principalement (100ha) avec un peu de bétail.

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Seconde expérience un peu avant Naples, juste pour acheter de la mozzarela di bufala et visiter la ferme (à vue de nez, une grosse soixantaine de vaches à la traite, avec atelier de transformation). Mis à part que c’était excellent, l’effort pédagogique et la volonté de montrer l’activité étaient impressionnants. Des panneaux détaillent la ration des bufflones, ou bien expliquent le concept de filière de proximité (« kilometro zero ») !

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Troisième expérience en Basilicate, région très rurale, rare endroit en Italie où nous avons vu des grandes pleines céréalières (un peu en Toscane également). Même schéma : une femme gestionnaire de l’activité « tourisme » de la ferme, une exploitation céréalière (500ha) avec un atelier bovin (30 vaches). Également un très bon accueil, une chambre très confort et un petit déjeuner fantastique par rapport à notre lot quotidien ! Cette fois-ci, nous avons trouvé l’adresse sur le site internet dédié aux agriturismo, géré par le ministère de l’agriculture italien.

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Même s’il nous est difficile de faire des statistiques, les agriturismos que nous avons croisé sur notre route, ou sur le site dédié, semblait plutôt de « haut standing » (souvent des piscines), et cela transparaît dans les prix pratiqués (de 60 à 100€ la nuit en moyenne).

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Ces exemples nous montrent que la diversification des exploitations agricoles n’est, en Italie, pas réservée aux petites fermes (la moyenne des exploitations agricoles en Italie est en effet de moins de 10ha contre 55ha en France, en raison de l’importance de la viticulture et de l’arboriculture dans le paysage agricole).

D’après le site du ministère de l’agriculture italien, il existerait plus de 20.000 fermes en Italie ayant le label « agriturismo », soit 2% environ des fermes (mais nous ne savons pas combien de fermes se présentent comme « agriturismo » et ne sont pas détentrices du label officiel). Ce qui serait comparable aux chiffres français : d’après le dernier recensement agricole de 2010, plus de 13.000 exploitations déclaraient une activité agritouristique (hébergements, table d’hôte ou loisirs à la ferme), soit près de 3% des exploitations (source: Agreste).

Récapitulons. Il y aurait donc une proportion à peu près equivalente de fermes pratiquant l’agritourisme en France qu’en Italie, mais un nombre et une densité  d’agriturismo plus important en Italie (puisque il y a plus de deux fois plus d’exploitations agricoles qu’en France).

Ils nous ont peut-être aussi sauté aux yeux parce que le tourisme à la ferme en Italie est davantage mis en valeur qu’en France. Via la signalisation routière, c’est une évidence ! Mais il est possible que les législations diffèrent dans les deux pays en matière d’affichage publicitaire en bord de route. Ce qui est davantage intéressant c’est que l’agritourisme est aussi une réelle stratégie du ministère de l’agriculture italien, qui a encadré l’activité agritouristique via une loi (dont la mise en oeuvre est déclinée régionalement), développé un label à cet effet, mis en place un observatoire, développé une plateforme internet

Bref, l’agritourisme semble une stratégie forte du développement des activités agricoles en Italie, bien plus qu’en France, où le tourisme à la ferme se confond souvent avec le tourisme rural. Est-ce la profession agricole italienne qui pousse au développement de l’agritourisme ? Ou bien est-ce la demande des touristes italiens (et étrangers) attirés par la campagne ? Peut être aussi une plus forte « compatibilité » de l’agriculture italienne avec des activités de tourisme (terroirs marqués, pas mal de produits sous signe de qualité) ? Ou encore, une relation restée plus forte en Italie entre la profession agricole et les citadins ? (ce qui pourrait s’expliquer par les chiffres puisque 5% de la population active exerce une activité agricole contre 3,3% en France).

Nous n’avons pas les réponses mais nous vous invitons vivement à venir essayer un agriturismo en Italie pour pousser l’enquête plus loin ! L’expérience sera en tous les cas agréable !

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Audrey & Julien, les Pignons Voyageurs

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