Cette année est décidément pleine de surprises, comme par exemple, fêter deux fois le nouvel an ! Après un 31 décembre passé à Rhodes en auberge de jeunesse, nous avons changé d’année mardi dernier, pour la 2e fois en moins de 3 mois ! Et oui, car le calendrier iranien est différent du calendrier grégorien que nous connaissons en Europe.

Mercredi 21 mars étant donc à la fois pour les iraniens l’équinoxe du printemps et le premier jour de l’année, Norouz, littéralement « jour nouveau ». Norouz est célébré en Perse depuis l’époque achéménide (7e siècle avant JC), et n’a pas de rapport avec l’islam, mais les célébrations en famille de cet événement, s’apparentent à notre manière de fêter Noël. Ceci étant, le décompte des années est quand même basé sur l’hégire (an 622 du calendrier grégorien) comme dans d’autres pays musulmans. Nous avons donc fêté l’entrée dans l’année 1397.

Récit de notre dernier jour de l’année iranienne, qui a commencé assez classiquement par une journée de vélo. Cela vous donnera également un aperçu de notre quotidien.

7h00 : le réveil sonne. Nous ne tardons pas trop à plier bagages car, faute d’avoir trouvé mieux, nous campons cette nuit en milieu peu propice à la grasse matinée, plus précisément dans un champ en friche entouré d’un hôtel, de maisons et d’une route nationale… Camping « urbain » donc !

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8h40 : on monte en selle ! Comme à notre habitude, il nous a fallu plus d’une heure et trente minutes pour ranger duvets, matelas, vêtements dans les sacoches, plier la tente, prendre le petit-déjeuner et faire notre toilette. Nous sommes plutôt en mode « tortues » le matin.

10h20 : première journée de chaleur depuis plusieurs mois. Petite pause sodas dans un restaurant de bord de route après 30 km de route peu intéressante et très fréquentée au bord de la Caspienne, côte trop abîmée par l’urbanisme à notre goût. Dommage car, entre la mer à notre gauche et les montagnes enneigées à notre droite, l’environnement naturel avait du potentiel ! Julien profite de la pause pour terminer son formulaire « PM104 » sur lequel il inscrit ses vœux de postes pour septembre prochain.

12h00 : arrêt pique-nique dans un petit parc (avec toilettes, merveilleux !)

12h10 : changement de parc, délogé par un monsieur qui nous importune. Après lui avoir donné notre paquet de gâteaux, il réclame notre opinel, outil indispensable à notre quotidien ! On comprend que le pauvre homme n’a plus toute sa tête, on finit par partir. Première fois que l’on se fait (un peu) embêter en Iran.

13h30 : on repart, toujours sur la même grosse route depuis 3 jours, faute de diverticules… Heureusement demain on la quittera enfin !

15h10 : pause dans un café branché ! Première fois que nous voyons des cafés « à l’occidentale » depuis notre arrivée en Iran, en dehors des maisons de thé où l’on ne sert que du thé (pas de cafés) et où l’on fume le narguilé (et où il n’y a pas de femmes). On commande un double expresso pour accompagner le carrot cake pour l’occasion, le tout en écoutant Céline Dion le volume à fond (on suppose que le serveur a voulu faire plaisir aux deux français) ! Julien continue de tergiverser sur le choix entre le 1er et le 2nd vœu à indiquer sur le PM104… Le document doit être envoyé ce soir !

15h50 : on reprend la route ; on constate que les conducteurs conduisent de plus en plus mal ce soir… Les gens ont l’air sur-excités… Nous sommes encore davantage hélés et klaxonnés que d’habitude… Ne serait-ce pas ce soir Norouz ? Nous pensions avoir compris que la fête serait le lendemain mais nous commençons à douter. Nous allons voir la mer une dernière fois, avant de la quitter pour plusieurs mois ! Pas de parasol mais un alignement de voitures assez étonnant !

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17h00 : il est temps de faire le plein d’eau pour la nuit, ne sachant pas où nous allons dormir. On s’arrête dans une supérette pour acheter des gâteaux (faute de trouver du pain ce soir) et remplir notre poche à eau de 6 litres (l’eau est potable partout en Iran). On en profite pour demander conseil à l’épicier sur un endroit où camper. Il nous indique une mosquée non loin de là, qui semble connue.

17h45 : on arrive devant la fameuse mosquée. Elle n’a pas l’air particulièrement belle. Vieille oui. Mais rénovée à grands coups de bétons par dessus la brique. Le lieu semble en revanche très fréquenté par les pèlerins, en témoigne les magasins de souvenirs autour. Une dame nous emmène à un guichet, où nous comprenons que nous pouvons louer une « chambre » pour la nuit, c’est-à-dire l’une des pièce du bâtiment formant l’enceinte de la mosquée.

17h55 : le guichet ferme devant nous. Avons-nous réellement envie de dormir dans ce lieu de culte ce soir ? On commence à se dire que nous avons encore le temps d’atteindre le petit bois repéré sur la carte avant qu’il ne fasse nuit… Quand un monsieur vient nous proposer de prendre le thé avec sa famille. Hésitations… Nous savons que si nous acceptons, nous resterons ici cette nuit.

18h05 : nous prenons le thé, accompagné de fruits et de gâteaux, dans la pièce de 9m2 louée par Neymar et sa famille. Nous sommes une quinzaine assis par terre en rond, hommes, femmes et enfants. Les questions fusent, traduites par Fatimah, l’une des jeunes filles, qui parle anglais.

18h45 : notre petit album photo (avec des photos de la France, Paris, nos familles et amis ainsi qu’une carte de notre voyage et une description de notre projet en toutes les langues des pays traversés) passe de main en main.

19h05 : les hommes emmènent Julien au guichet pour louer une chambre. Nous n’arriverons pas à la payer le lendemain matin : la famille nous la paiera malgré nos protestations… Pendant ce temps, on demande à Audrey si le voile la dérange, de quelle religion est-elle…. Devant une famille manifestement très croyante (passer le nouvel an dans une mosquée n’est pas si courant, nous dira-t-on plus tard), on répond « catholique »…

19h20 : l’agitation augmente dans la petite pièce. Ça sort et ça revient avec de beaux vêtements. Notre jeune traductrice nous explique que le nouvel an approche et qu’ils se vêtent de vêtements neufs pour passer la nouvelle année. On comprend que notre « famille d’accueil » a loué deux chambres, dont une qui sert de vestiaire. La nuit venue, une pièce sera la chambre des hommes, la seconde, la chambre des femmes.

19h30 : tout ce beau monde part à la mosquée, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. On est embarqué. Chacun son entrée, la mosquée est coupée en deux par des paravents empêchant les deux sexes de se mélanger. Les femmes se drapent tout de même un grand tissu de la tête au pied. Ça permet à Audrey de passer presque inaperçu avec ses habits de cyclistes ne couvrant pas ses fesses de manière tout à fait conventionelle. Au milieu, accessible à tous donc, chacun de son côté, un mausolée qu’ils viennent toucher. Chacun s’assoit sur les tapis en petits groupes. Certains prient, le Coran sur les genoux, mais la plupart papotent, se prennent en photo…

19h45 : 5-4-3-2-1… Bonne année ! C’est à cette heure en Iran que le soleil est passé dans le plan équatorial de la Terre, l’équinoxe de printemps. C’est donc à cette heure précise que les iraniens se souhaitent la bonne année ! Nous sommes toujours dans la mosquée, ce qui est assez étrange car nous avions cru comprendre que les autorités religieuses ne voyaient pas Norouz d’un bon œil, en tant que fête païenne. Nous n’avons pas bien compris si c’était l’imam qui avait fait le compte à rebours ou si la radio avait été allumée pour l’occasion. Mais dès le signal donné, chacun se fait la bise et se souhaitent la bonne année. Puis ruée vers la sortie de la mosquée.

19h55 : hommes et femmes se retrouvent dehors, se serrent la main et s’embrassent pour la bonne année. Chaque famille retourne ensuite devant sa « pièce », où est étalé un ou plusieurs tapis, on s’installe en cercle (enfin en ovale) et la distribution des cadeaux démarre ! Il s’agit en fait d’une distribution de billets neufs par les plus âgés. Nous recevons 100.000 rials chacun, que nous n’arrivons pas à refuser… Certaines femmes reçoivent des foulards.

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20h15 : l’heure de l’apéro ! Sans alcool évidemment. Les adultes (et Julien) s’empiffrent de cacahuètes, de bonbons et de biscuits (il semble classique de manger des sucreries en Iran avant le repas) ; pendant ce temps, Audrey est invité à jouer au volley et à la balle au prisonnier avec les enfants et les jeunes femmes. Avec le voile, pas si facile… Julien aura finalement le droit à sa partie de badminton avant manger !

21h00 : on est invité à partager le repas composé de riz, d’épinards et de poulet, le tout accompagné par du coca. On avait pourtant cru voir du poisson (mais ce sera sans doute pour le lendemain, le poisson étant le plat traditionnel de Norouz). Nous ne voyons pas trace des fameux « Haft Sin », 7 objets à valeur symbolique dont le nos commence par « s » en persan, et qu’il est coutume de disposer sur la table le soir du nouvel an. Ce doit être une question de coutumes familiales.

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Les « Haft Sin  » (vus chez une autre famille) 

22h25 : après une partie de petits chevaux endiablée, on tire notre révérence ! Crevés, nous nous retirons dans notre petite « chambre ». Vu le bruit à l’extérieur, nous n’arriverons à nous endormir que 2h plus tard…

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Pour en savoir plus sur Norouz.
Pour en savoir plus sur le calendrier persan.

Audrey & Julien, les Pignons Voyageurs

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