Après 6 mois de pédalage, nous avons laissé Roméo au garage, pour profiter de 2 semaines sans vélo avec nos copains tourangeaux (Alice & Cédric) : il s’agit un peu de nos vacances dans le voyage ! Qu’avons-nous donc fait sans Roméo ? Pas bronzette en bikini sur la plage… Nous sommes toujours en Iran, où les vacances « sea, sex & sun » ne sont pas encore d’actualité… Ni du ski de randonnée (bien que l’Iran possède de superbes massifs pour les alpinistes et amoureux de la montagne). Petit résumé de nos vacances iraniennes pour vous donner (peut-être) envie de venir découvrir ce beau et contrasté pays.

1- Découverte de la richesse culturelle, architecturale et artisanale de l’Iran

Les iraniens sont très fiers de l’histoire pluri-millénaire de leur pays, anciennement la Perse. Il y a en effet matière à réviser ses cours d’histoire en visitant le centre de l’Iran: des bas reliefs antiques de Persépolis (ancienne capitale de l’empire achéménide, l’un des plus grands de l’antiquité) aux mosquées aux sublimes mosaïques et faïences et palais-jardins très raffinés d’Ispahan qui datent de l’époque Safavide (16-17e siècle), il y en a pour tous les goûts!

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Notre coup de coeur va à la place Naghsh-e Jahan d’Ispahan, où nous aurions pu rester des heures à voir changer les couleurs au fil de la journée sur les mosquées et édifices bordant la place.

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L’artisanat perse est également très varié et raffiné ; il est assez facile d’observer les artisans et les artistes travailler sur les places au abords des bazars. Les tapis représentent l’exemple le plus emblématique mais nous avons découvert bien d’autres travaux d’arts: la marqueterie notamment (petits meubles, boites, récipients), le miniaturisme (fameuses peintures très colorées dépeignant des légendes persanes avec une multitude de détails), le travail de l’acier… Et, notre achat coup de coeur : des nappes en calicots aux motifs floraux imprimés avec des pigments naturels au moyen de grands tampons en bois de cèdre utilisés depuis plusieurs générations d’artisans!

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Merci à nos transporteurs Alice & Cédric qui nous ont permis de faire nos premiers achats de voyage en acceptant de les ramener pour nous en France car il était hors de question de charger notre Roméo !

2- Dégustation (plus que de raison!) des spécialités culinaires iraniennes

Après un tour au bazar pour découvrir les curiosités culinaires locales (on retiendra le yaourt sous toutes ses formes : de la boulette de yaourt séché au bloc marron de yaourt semi-sec!) ; rien de tel qu’un petit restaurant pour découvrir comment ces ingrédients se déclinent dans l’assiette! Nous avions pu goûter certaines spécialités chez nos hôtes (notamment le populaire Dizi) mais nous avions jusque-là surtout testé les restos type « routiers ». Peu de nourriture « de rue » contrairement à la Turquie. Pour manger sur le pouce, c’est kebab ou bien soupe : La soupe « Osh » (sorte de soupe au pistou) est bien nourrissante et nous a réchauffé plusieurs fois le long des routes ! Et les petits restos proposent presque systématiquement le très populaire Ghormeh Sabzi, sorte de ragoût aux jeunes pousses de poireaux avec des lentilles et un peu de viande.

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La cuisine iranienne est très riche, en quantité et en qualité! Les iraniens sont très friands de sucreries et vous proposent des bonbons à la moindre occasion. Ils utilisent un éventail impressionnant de types de sucres pour sucrer les thés. Côté gâteaux, peu de ressemblance avec les pâtisseries turques : Beaucoup de gâteaux à base de crème type chantilly, des gâteaux secs à la cardamome, ou encore des nougats à la rose. Ce genre de petites douceurs de dégustent à tous moments de la journée mais très souvent juste avant le repas (en apéro avec un thé, très sucré!).

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Côté salé, même si les kebabs (viande en brochette : poulet, boeuf, mouton) occupent une place de choix sur tous les menus, de la gargote au restaurant chic, et sont souvent très bons, on commence à s’en lasser! Ils constituent un invariable de notre voyage depuis l’Albanie ! Heureusement la cuisine iranienne proposent bien d’autres plats, notamment tout un tas de ragoûts (koresht) à base de viande principalement (peu de choix végétariens, à part le Kashke badenjam, type de purée d’aubergines). Ils sont assaisonnés avec un tas de légumes, épices et fruits secs. Le tout servi avec une montagne de riz (nous n’avons jamais vu d’autres accompagnement en 1 mois!). Notre ragoût préféré est le Khoresht-e Fesenjam, ragoût de poulet à la noix et à la grenade (j’essaierai cette recette en rentrant!).

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3- Vie dans le désert

Bien que l’Iran soit un vaste pays qui présente des paysages variés (montagnes, steppes, zones humides de la Caspienne où l’on a vu des rizières et des plantations de thé, quelques rares forêts)… une grande partie du territoire est aride et désertique, notamment le centre de l’Iran. La plupart du temps, il s’agit de vastes étendue de terre gris/jaune/orangé plus ou mois rocailleuses avec de la végétation épineuse type ajoncs et des montagnes tirant sur le rouge s’élevant au loin. Parfois le paysage devient exclusivement minéral, presque lunaire. D’autres fois des dunes de sable apparaissent. Comme tout bons touristes, nous avons eu le droit à notre petit tour de dromadaire et nos séances photos « jump » dans les dunes.

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Cette petite excursion nous a aussi permis de nous rendre compte que les constructions traditionnelles et bioclimatiques en matériaux biosources sont peu à peu délaissées au profit de maisons en bétons, où les commodités modernes (eau, électricité) sont plus faciles à installer. Ceci étant, le centre ville de Yazd, qui représente bien l’image d’Épinal de la ville du désert, est très bien entretenu, probablement grâce au tourisme, en partie au moins, vu le nombre d’hôtels occupant les maisons traditionnelles.

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Qui dit désert dit également manque d’eau, à l’exception des oasis où la nappe affleure, et permet le développement d’une végétation luxuriante dans un environnement a priori hostile (nous avons même vu des rosiers dans une oasis!). Nous avons pu découvrir l’ingéniosité perse sur la gestion de l’eau avec le réseau des quanats, canaux d’eau sous-terrain fonctionnant par gravité. Cette technique vieille de 2000 ans est encore utilisée aujourd’hui pour alimenter en eau certains villages, même si le niveau des nappes ayant baissé et les quanats n’étant pas tous bien entretenus, une majorité d’entre eux sont aujourd’hui à sec. La gestion de l’eau en Iran paraît quoiqu’il en soit préoccupante. En témoigne le fleuve coulant à Ispahan, à sec depuis deux ans, car canalisé à 100% pour les besoins de la ville. Les vieux ponts perdent ainsi de leur charme… Mais sont encore des lieux de vie populaires, les iraniens venant y jouer de la musique le soir.

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4- Discussion autour de la place de la religion dans la société iranienne

Même si le niveau d’anglais des iraniens nous a bluffé, en campagne, nos discussions n’allaient rarement plus loin que l’explication de notre voyage. A Téhéran et dans les lieux touristiques, l’anglais fluide de nos hôtes et de nos guides, nous a permis d’approfondir les questions politico-religieuses, sujets que nous n’osions par ailleurs pas aborder partout, notamment lorsque les opinions semblaient divisées dans les familles. Comme en Turquie : soit les iraniens sont en désaccord net avec le régime, et notamment le guide suprême (Khamenei, qui a pris la suite de Khomeini), leader religieux et personnalité la plus influente de l’Iran, avant le Président. Soit ils l’adulent. Pas vraiment d’entre deux.

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Avec nos guides, une fois épuisés les sujets de conversation classiques (à savoir automobile, en raison du nombre de Peugeot et Renault en Iran, et le football), nous avons pu aborder un peu ce sujet et comprendre un peu mieux le système politique en place. L’Iran a en effet un système politico-religieux très singulier. C’est une théocratie chiite : c’est à dire que le pouvoir, censé émaner de Dieu, réside dans les mains du clergé. Ainsi, bien qu’un parlement, une assemblée (constituée de 86 mollahs) et un président de la République soient élus, le chef religieux contrôle le pays puisqu’il a droit de veto sur tout, il est le chef des armés, il nomme le chef du pouvoir judiciaire, il peut démettre le Président de ses fonctions, il nomme le conseil des gardiens, qui eux-mêmes, contrôlent les députés…

Depuis la révolution islamique de 1979, les lois iraniennes sont basées sur une interprétation de la Charia, droit islamique. Ainsi, comme c’est écrit dans le Coran, les hommes peuvent avoir jusqu’à 4 femmes (même si ça ne doit plus beaucoup se pratiquer), et les voleurs se font encore régulièrement couper la main. Du côté des femmes, même si elles bénéficient de droits plus étendus que dans un certain nombre de pays du Moyen Orient (droits datant des années 60-70, avant la chute du Shah et la révolution islamique), qu’elles peuvent voter, travailler, conduire, manifester, étudier… Le tableau n’est pas encore folichon car même si la constitution en Iran proclame l’égalité des sexes, cela s’entend dans le cadre de l’interprétation religieuse… Port du voile. Autorisation de faire du sport mais avec tenues adaptées… Quoiqu’il en soit les manifestations féministes sont de plus en plus marquées: depuis quelques mois par exemple, un phénomène a vu le jour dans les grandes villes iraniennes, le White Wednesday : chaque mercredi, certaines femmes se dévoilent en signe de contestations, voire même brandissent leur voile à la main dans les rues. Vu le nombre de femmes iraniennes dans les sphères intellectuelles et artistiques, on peut espérer qu’une petite révolution est en marche, même si cela prendra certainement encore beaucoup de temps..

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5- Redécouverte du bon café, notamment à Téhéran!

Nous avions pris l’habitude des pauses cafés depuis l’Italie! Bien que partagés sur le « greek coffee » et le « turkish coffee », nous trouvions relativement facilement des lieux pour boire du café (à défaut du thé) et déguster des pâtisseries jusqu’en Turquie. Cela a changé en Iran, où nous trouvons uniquement des maisons de thé et de narguilés, souvent peu avenantes, notamment pour les femmes. Adieu pauses cafés donc! Heureusement que toutes les capitales ont leurs ressemblances : même si nous ne sommes pas tombés sous le charme de Téhéran, ville peu sympa pour les piétons et les cyclistes, nous en avons apprécié ses cafés branchés, où nous avons pu boire autre chose que du Nescafé pré-sucré en dosettes!

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Dans tout ça, nous avons beaucoup parlé français et anglais et en avons oublié notre farsi ! Après 3 semaines d’arrêt (incluant la semaine à Téhéran), Audrey ne se rappelait plus comment demander du pain! Il était temps de reprendre la route! Nous sommes actuellement en chemin pour Mashad, ville religieuse très importante pour les chiites, où nous aurons certainement l’occasion de mieux comprendre le lien des iraniens à la religion.

Audrey & Julien, les Pignons Voyageurs

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