Le poids est un sujet de discussion presque inépuisable entre cyclo-randonneurs. Poids du vélo et poids des bagages font assurément partie des questions que vont se poser deux cyclos si ils discutent plus de 10 minutes ensemble. Le poids influe assez directement sur la performance et sur l’état de fatigue, en particulier quand il y a un peu de dénivelé. Le poids est aussi un facteur de casse important, donc potentiellement un facteur de stress. Mais ce poids c’est aussi le reflet de la vie matérielle du cyclo : ce sont ses bagages – ses seuls bagages devrait on préciser – pour parfois plus d’un an. Un mal nécessaire donc ?

Les Pignons, gramme par gramme

On a récemment eu accès à une balance et on s’est amusé à peser nos bagages. Voici le résultat :

Si les bagages sont le sujet numéro 1, il est intéressant de voir qu’en fait c’est bien le vélo lui-même (et les cyclistes !) qui pèsent le plus sur l’attelage. Pourtant, ce ne sont que rarement des sujets chez le cyclo-voyageurs (contrairement aux cyclistes sur route) : sans doute parce que le voyageur recherche du solide (et qu’il n’a pas l’intention de se mettre au régime…). D’ailleurs, si notre tandem nous place relativement bas sur l’échelle poids du vélo par cycliste (pour des vélos de voyage s’entend), ça n’a jamais été un critère en faveur de ce modèle.

 

S’amaigrir ou la dictature du poids

Limiter les kilos de bagages peut donc vite devenir une obsession. Les approches sont multiples :

  • Investir dans du matériel plus léger : pour les tentes, matelas, vêtements techniques… on peut, moyennant finance, gagner quelques grammes. Compter environ 15 centimes d’euros / gramme gagné en passant d’un matelas auto-gonflant standard à une version très légère de chez Thermarest. Dans le même esprit on peut acheter une liseuse versus des bouquins papier. Émilien et Sarah ont opté pour une couette pour deux au lieu de 2 duvets.
  • Mutualiser : les postes « santé et hygiène », matériel de réparation ou « matériels de cuisine » varient peu dans l’absolu quand on passe de 1 à 2 ou 3 cyclos voire 4 cyclos.
  • Rogner : il y a toujours un peu d’inutile dans nos affaires. Des collègues cyclos (Fleur et Aurelien) ont par exemple retiré les étiquettes de leurs vêtements ! Cela ne pèse pas lourd, mais si vous répétez ce type d’opérations de différentes manières (raccourcir le manche de sa brosse à dents, enlever les pages inutiles de son calepin,…) ça finit par compter !
  • Ravitailler plus souvent : on voit sur le graphique que la nourriture elle-même pèse aussi pas mal. Dans notre cas, il y a un peu de « laissez allez » sur cette fin de voyage car on a besoin de se faire plaisir : on achète donc beaucoup de fruits et légumes (dont le rapport poids et volumes sur calories est plus élevé qu’un paquet de gâteaux…) et on transporte par exemple une bouteille d’huile d’olive en verre (qu’on pourrait transvaser dans une bouteille en plastique) et même une mini bouteille de vinaigre balsamique à la framboise ! Et encore, nous ravitaillons assez souvent (tous les deux jours en moyenne). En faisant les courses au fil de l’eau (ou en allant au resto!), on peut économiser un peu de poids. Dans certains pays où le niveau de vie est relativement bas, certains cyclistes choisissent même de se débarrasser de tentes, matelas, duvets et matériels de cuisine (comme Louise et Jimmy en Chine).
  • Parier sur la chance et/ou accepter de patienter : pour le matériel de réparation en particulier, on peut choisir de compter sur les ressources locales plutôt que de transporter toutes les pièces de rechange du vélo. On trouvera toujours une solution temporaire, le temps que la vraie pièce de rechange soit livrée à la prochaine grande ville.
  • Adapter son itinéraire en fonction de la météo : les cyclo-voyageurs qui ont passé l’hiver dans des pays « chauds » n’ont pas eu besoin de transporter des duvets d’1 kg comme les nôtres, ni les doudounes, ni les 3 paires de gants…
  • Repenser ses besoins : certainement la méthode la plus efficace diraient des spécialistes du voyage léger, mais pas forcément la plus intuitive. Ai-je vraiment besoin d’une paire de chaussures supplémentaire pour le soir ? Et d’un pantalon de pluie ? Ne peut-on pas partager une serviette de bain à deux ? Et si on mangeait froid pour ne pas porter le réchaud ? (ce serait par exemple très difficile pour nous, ne serait-ce que pour le thé et café du matin !). Avec de l’imagination, on peut pousser ces raisonnements assez loin, même si cela nécessite souvent de revenir sur ce qui nous paraît être incontournable. On peut aussi appliquer un principe cher aux Colybrides : « Pas utilisé depuis plus de 15 jours ? Tu t’en débarrasses » !

 

Le poids oublié

Mais cette dictature finit souvent par être vaincue. Presque chaque cyclo emporte avec lui une ou plusieurs « abbérations pondérales » : un objet que le commun des cyclo-mortels réprouve et dont on se demande bien s’il est judicieux de le porter jusque dans des cols à 4000m… Mais c’est un objet que ce voyageur en particulier n’abandonnerait pour rien au monde. On a ceux qui emportent leur passion (Romain a emmené son parapente). Ceux qui veulent faire découvrir la gastronomie française (Coline transporte une poêle à crêpes). Ceux qui estiment qu’un peu de confort ne fait pas de mal (Stéphane et plusieurs autres transportent une chaise pliante, Javier un lit de camp). Ceux qui ont un mode de voyage particulier (Florent a emporté une table : il vit en animant un site Web de révision de mathématiques et a donc besoin de travailler sur un PC quasi quotidiennement). Julie et Timothée transportent Lupo, leur chien ! Et quasiment tous les cyclistes ont aussi une mascotte ou des grigris accrochés aux sacoches !

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La gestion du poids dans un voyage à vélo peut donc sûrement être optimisée dans une certaine mesure, mais très vite on en revient tout de même à des questions d’arbitrage entre soit des kilos en moins, soit du confort supplémentaire. Des questions que chacun ne peut trancher que pour soi. Comme dirait un de nos grand-pères, il y a autant de vérité qu’il y a de bonhommes !

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