Certains changements de pays sont relativement progressifs pour qui voyage lentement. Les frontières ayant fluctuées au gré de l’histoire, les cultures s’entremêlent souvent entre les régions frontalières. D’autres passages de frontières sont plus saisissants ; comme entre l’Iran et le Turkménistan. Certes les paysages désertiques ne changent guère entre Mashad en Iran, et Boukhara en Ouzbékistan. Mais l’ambiance oui. Nation très méconnue, et pour cause, le Turkménistan est l’un de ces pays difficiles d’accès où il n’est pas possible de circuler sans accompagnateur avec un visa touristique. C’est donc avec un visa dit « de transit » de 5 jours que nous avons traversé le pays du sud au nord.

Une traversée express des 500km de ligne droite dans le désert, nous laissant peu de temps pour réellement s’imprégner de ce mystérieux pays. Nous n’avons donc pas visité les deux curiosités touristiques principales de ce pays : Ashgabat, sa capitale « à mi chemin entre Las Vegas et Pyongyang, jalonnée de palais en marbre et de monuments saugrenue » (dixit le Lonely Planet), et les cratères de gaz de Darvaza, cratères artificiels qui résulterait de la prospection gazière soviétique des années 50 et dont l’un d’eux est en feu.

Malgré le peu que nous avons pu voir de ce curieux pays, il nous laisse quelques images très dépaysantes, à commencer par ses habitants : les femmes, très élégantes, portent de longues robes colorées et moulantes (loin des « manteaux noirs » d’Iran) et de hautes coiffes rigolotes, tandis que certains hommes arborent une coiffe type toque en fourrure (sorte de chapka russe) malgré les 35 degrés!

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Héritages soviétiques

La plupart des villes et villages que nous avons traversé ont un style très soviétique, à croire qu’avant 1919 (date de l’intégration du territoire actuel à l’URSS), aucune ville ne maillait le territoire. Ce qui est par ailleurs plausible car il paraîtrait que les Turkmènes, peuple nomade, se soient sédentarisés tardivement.

Des larges rues, des maisons uniformes très espacées les unes des autres, donnant une étrange impression de villes fantômes, très contrastées avec les villes iraniennes foisonnantes. Ce n’est pas la place qui manque au Turkménistan et ils en profitent (10 habitants/km2). En termes d’aménagement du territoire, on est loin des préoccupations françaises de densification du bâti pour préserver les espaces agricoles et naturels.

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Autre héritage du soviétisme : le culte de la personnalité du Turkmenbachi (= père des Turkmènes), encore entretenu aujourd’hui et visible partout : Les photos et statues du President en format gigantesque sont omniprésents, ainsi que  le slogan « Le peuple, la nation, le Turkmenbachi »…  Il parait même que le premier Président ait fait dressé dans la capitale une monumentale statue à son effigie, tournant sur elle-même pour être en permanence orientée vers le soleil!

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Entre spontanéité et contrôle policier

On nous avait annoncé un pays très fermé au régime impitoyable, où les habitants n’auraient pas le droit de parler aux étrangers, où des armées de balayeuses maintiendraient les rues propres, où les voitures seraient toutes blanches par lubie du dictateur… (Source : Le Monde). Même si tout ceci nous a semblé quelque peu exagéré, le peu de turkmènes avec qui nous avons discuté nous ont confirmé un manque crucial de libertés. La présence policière et militaire est en effet assez forte et exercerait un contrôle de la vie privé, comme l’interdiction d’accueillir des étrangers chez soi. Les turkmènes disposent par ailleurs d’un accès très restreint à l’information : presse contrôlée, réseaux sociaux bloqués, certains sites d’information également (nous n’avons pas réussi à accéder au site du Monde mais Libération oui!)…

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Ceci étant, l’hospitalité naturelle des turkmènes alliée à leur curiosité envers les étrangers  prend le dessus sur la peur des forces de l’ordre. Ou bien le régime s’est adouci ? En tous cas, on nous lance des « hello-how are you? » dans chaque village, du gamin de 10 ans au papi enturbanné à l’afghane (la frontière n’est pas loin), sans compter les nombreux coups de klaxons sympathiques des copains routiers ou des photos prises sous le nez des policiers. Nous avons reçu plusieurs invitations à boire du thé et avons même dormi une nuit chez l’habitant. La famille qui nous a accueilli a été extrêmement prévenante, comme si  elle était coutumière de l’accueil de cyclistes, en nous proposant dès notre arrivée la douche, puis la lessive, des petits chaussons pour être à l’aise, un bon repas, et enfin au lit pas trop tard car vous devez être fatigués! C’est très rare que cela se passe comme ça, et d’autant plus appréciable! Malheureusement, peu de moyens pour garder contact avec cette famille adorable : Ni whatpsapp, ni Facebook, ni Instagram, mails pas utilisé..  Plus qu’à espérer que la poste turkmène soit efficace!

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Le rouge et le vert

L’uniformité de l’urbanisme se retrouve même dans les couleurs. Toits des maisons et bâtiments publics, mobilier urbains (lampadaires), devantures commerciales, tables et chaises des cafés, mais également uniformes des jeunes filles scolarisées,… Sans oublier le drapeau : La couleur verte est omniprésente au Turkménistan. Tellement présente que c’est à se demander s’il n’y a pas un code couleur dans les règles du pays ! Cet amour pour le vert est probablement lié à l’islam (la religion de 90% des habitants).

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A côté du vert, le rouge, mais en petites touches uniquement! A l’image du drapeau en fait. Rouge des très nombreuses roses ornant les pergolas des maisons, les jardins publiques, les pelouses des zones commerciales… Les roses ont-elles une signification particulière ici ?

Vous le voyez, nous quittons ce pays avec bien plus de questions que de réponses! C’est un peu frustrant mais cela risque de nous arriver de plus en plus souvent, à mesure que nous nous éloignons de chez nous, les codes nous sont de plus en plus difficiles à décrypter !

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