Petit article sur l’apprentissage des langues étrangères en voyage. Pourquoi ? Comment ? Quels intérêts y voyons-nous dans notre voyage ? Et plus généralement quels bénéfices pour essayer de mieux vivre ensemble dans un monde globalisé.

Apprendre ou ne pas apprendre, telle est la question

Tous (ou à peu près tous) les voyageurs au long cours se posent cette question. Car l’une des richesses du voyage, hors des sentiers battus par les flots de touristes estivaux, est le dialogue avec l’autre. Ne croyez pas que la réponse est évidente. S’il est clair que cela facilite la vie et favorise les rencontres, il faut dire aussi dire que cela peut vite prendre du temps, pour un résultat incertain. Et puis il est tentant de se dire qu’on arrivera bien à se débrouiller d’une façon ou d’une autre. Nombre de cyclistes rencontrés n’ont pas investi autant que nous dans l’apprentissage des langues, jugeant l’investissement trop important pour un faible résultat. Voici quelques arguments en ce sens, et ce que nous en pensons maintenant :

« Aujourd’hui, tout le monde parle anglais »
Ce n’est pas si évident… Surtout dans les territoires ruraux, que les cyclos préfèrent généralement à la ville. Et puis si on trouve souvent une personne anglophone pour dépanner, ça n’est pas nécessairement LA personne avec qui le courant passe le mieux. L’anglais est parfois aussi la « langue du tourisme », qui nous cantonne dans une relation « de clientélisme » qui ne favorise pas toujours les échanges spontanés… Il faut reconnaître toutefois que l’anglais nous est bien utile dans certains pays. En Iran notamment, le niveau d’anglais parait époustouflant. Partout, dans toutes les couches sociales, nous trouvons des gens parlant un peu l’anglais, et souvent très bien. Les iraniens ont une forte envie d’apprendre du reste du monde, et ils ont bien compris que l’anglais peut les y aider, n’en déplaise à leurs dirigeants (qui s’opposent avec force aux USA et qui fustige encore l’impérialisme britannique du début du XX ème siècle). Il y a peut-être un biais : les iraniens sont très avenants, on a donc peut-être la chance de discuter avec tous les anglophones que l’on croise…mais tout de même!

« Même sans la langue, on arrive toujours à se comprendre »
Hormis le dialogue parlé, d’autres formes d’échanges sont possibles, mais nous paraissent soit plus limitées (langage du corps, avec les mains principalement) soit non explorées par nous (musique, dessin, art en général). En effet, nous ne sommes sans doute pas assez « artistes » ou trop habitués à se faire comprendre par des mots pour approfondir d’autres modes d’échanges, mais convaincus que d’autres solutions existent. Nous avons par exemple été bluffés par une jeune turque de 9 ans qui a réussi à nous poser une multitude de questions grâce aux mimes. Dans notre cas, nous avons l’impression que nous pouvons aisément demander à boire ou à manger avec des signes, mimer le besoin de dormir, dire qu’on est contents… mais lorsque nous passons des soirées chez l’habitant, nous nous sentons assez vite limités pour échanger davantage en l’absence d’une langue commune. Petite astuce : notre carnet photo qui nous permet de montrer nos familles, des photos de Paris et de la France, la carte de notre voyage… Ça marche à tout les coups !

En fait, nous avons vite ressentis une différence d’appréciation du pays selon notre niveau de langue. En Grèce, nous n’avons pas vraiment fait l’effort d’apprendre : trop peu de temps dans le pays, trop difficile et suffisamment de gens parlant anglais. Au final, nous nous sommes un peu repliés sur nous : beaucoup de bivouacs et des souvenirs principalement liés aux (magnifiques) paysages. À l’inverse, en Italie, nous avons davantage investis et il nous était possible de passer une petite soirée avec des italophones sans trop tourner en rond (sans non plus être capables de grandes discussions philosophiques ou politiques, hein, quoique, la grappa aidant…). Et pour le coup, on a l’impression d’avoir mieux compris le pays et d’avoir mieux profité de la société italienne, en nouant des contacts en partie grâce à nos quelques mots d’italien.

Concrètement, comment fait-on ?

En Italie, en Turquie, en Iran nous avons appris un peu la langue avec une méthode Assimil. Cela nous permet de comprendre un peu la structure de la langue et d’apprendre les « tournures clé ». On a aussi une version ultra-simplifiée avec une liste pré établie d’une cinquantaine de mots/tournures de phrases, que nous avions préalablement traduits avant le départ.

Liste de MOTS

On complète avec du vocabulaire que nous enrichissons au jour le jour (cf la méthode des « petits mots » dans la vidéo ci-dessous). Dans la pratique quotidienne, ça se corse un peu par contre… d’abord, apprenant dans des livres, il nous manque souvent la prononciation. Par ailleurs, on se retrouve vite dans des échanges déséquilibrés (surtout les premiers jours où notre oreille n’est pas encore habituée à la musique de cette nouvelle langue) : on arrive à se présenter, à poser quelques questions…, mais dès que les réponses arrivent on est perdu ! Ça va trop vite, pas assez de vocabulaire… il faut attendre que l’interlocuteur se mette à notre niveau et ne parle qu’avec des mots clés, des infinitifs, des concepts simples pour qu’un semblant d’échange finisse par s’instaurer ! Parfois, on a recours à des applications de traduction sur nos téléphones (c’est très très impressionnant, on ose à peine imaginer ce que seront ces logiciels dans une dizaine d’année).

Langues_HD from AUDREY RIMBAUD on Vimeo.

Ce que ce voyage nous fait dire

Tout cela fait un peu réfléchir au « vivre ensemble » (et en l’occurrence « parler ensemble ») dans un monde qui tend à se globaliser. Cette expérience de voyageurs a rappelé à Julien les séances de travail européennes de sa vie professionnelle : de la même manière que dans notre voyage, ces groupes de travaux européens ont pour objectif l’ouverture, en regardant ce qui se fait ailleurs. Et dans les deux cas on est confronté à la difficulté du moyen d’échange commun. Le sentiment qui en découle est un peu similaire à chaque fois : on gagne en s’ouvrant à d’autres point de vue et en réfléchissant collectivement… mais cela est contre-balancé par le sentiment de perte de précisions, de rigueur, de nuances, inhérent à la difficulté linguistique. Certes l’anglais est bien répandu, mais seulement au sein d’une petite « élite » à l’échelle des 7 milliards d’individus que nous sommes sur la planète, et rarement avec un niveau de fluidité suffisant pour traiter en profondeur de sujets complexes, comme le réchauffement climatique, les migrations ou les politiques en faveur du vélo. Et pourtant on entend de plus en plus qu’il est nécessaire de travailler à une échelle globale sur ces sujets, au delà des frontières (et donc au delà des barrières linguistiques).

Alors quelles solutions ? Démocratiser encore davantage l’anglais ? Se reposer sur les élites bilingues, et lui confier nos problèmes globaux ? Ou compter sur Google translate et autres algorithmes du GAFA ? Quand on les regarde de près, toutes ces solutions posent question, pourtant il est urgent de s’entendre et se comprendre, à vélo comme pour le reste !

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