Cela fait un petit moment que nous n’avons pas eu l’occasion de parler agriculture sur ce blog. En effet, même si nous nous posons des millions de questions au fil des territoires traversés, la barrière de la langue rend difficile la recherche de réponses…

Nous allons tout de même profiter d’une escale d’une nuit dans une ferme anatolienne pour vous toucher quelques mots de l’agriculture turque! Du moins ce que l’on en a vu et compris!

Une soirée avec des paysans anatoliens

Les températures fraîches de ces derniers jours nous ont poussés à aller demander l’hospitalité dans un hameau d’une petite vallée en Anatolie orientale. Cette fois-ci, le froid étant intense, nous n’avons pas attendu l’invitation, nous l’avons provoquée, à la manière de l’émission « J’irai dormir chez vous ».

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Trois jeunes paysans (un couple et le frère), les seuls n’ayant pas quitté le hameau pour l’Allemagne, nous ont accueillis sans aucune hésitation. Ces 3 jeunes anatoliens s’occupent d’un élevage d’une 40aine de vaches laitières. Petite description du système de production :

  • Les vaches semblent pour certaines taries l’hiver, pour d’autre réservées pour leur veau. Il y a peu de lait produit en cette saison, et ce qui est produit est plutôt autoconsommé. Elles sont nourries avec de la menue paille, de la pulpes de betteraves, un peu de foin (dont de la luzerne), et un peu d’aliment du betail. Elles sont entravées à l’étable.
  • La reproduction se fait par insémination, certains veaux sont engraissés
  • Les vaches produisent du lait l’été, en alpage (5L/jour/vache, on est loin du rendement de nos productrices de comté), elles sont traites à la main (ça fait du boulot, une 30aine de vaches à traire à la main!!).
  • Le lait est au moins en partie transformé (en fromage, yaourt,…) et vendu soit localement soit jusqu’à Istanbul et Izmir.
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En bref: une exploitation avec un cheptel finalement relativement important, mais pourtant très peu mécanisée, et qui valorise auprès de ses clients, dans son discours au moins (car nous n’avons pas parlé finance…), le travail à la main, « organik », la qualité de leurs produits… Nous n’avons aucune idée de la représentativité ou au contraire de l’atypicité de cette ferme de montagne, mais elle nous a semblé à la fois étonnamment peu mécanisée (vu le cheptel) et moderne, ayant bien conscience de son positionnement dans le marché. La faible mécanisation est-elle un choix économique ? Où (plus probablement) est-elle liée à une difficulté de ce type de ferme à investir ?

Des territoires variés, une agriculture turque diversifiée

Cette ferme est un juste un exemple, qui ne peut, à lui seul, décrire la diversité de l’agriculture turque. En effet, avec la Turquie, son vaste territoire et ses climats différents, nous avons retrouvé des paysages agricoles (et forestiers) très variés. En effet, même si les paysages méditerranéens nous ont charmés, nous avons souvent eu l’impression de ne voir que des mono-culture d’oliveraies (diversifiés avec des champs de panneaux photo-voltaïques en Grèce!).

Une continuité certaine avec la Grèce sur la côte méditerranéenne et égéenne, entre oliviers et orangers, la Turquie étant un très grand producteur de fruits et légumes (1er producteur de cerises, de figues et de noisettes, 2e de melon, de pastèques et de lentilles, 3e de pommes…)*.  En montant vers le nord, l’arboriculture laisse peu à peu la place à l’élevage ainsi qu’aux cultures.

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Des paysages de plus en plus verts vallonnés qui nous ont rappelé parfois la Lozère, parfois la suisse normande, avec pas mal d’élevages.

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Vers l’est, des grands espaces forestiers sur les côtes de la mer noire, semblant abondamment exploités (beaucoup de places de dépôts de bois et de scieries). La Turquie investit massivement dans la gestion et la gouvernance de ses forêts et est devenue un acteur important dans les instances forestières internationales*.

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Sur les bords de la Mer noire, nous avons également croisé des grandes exploitations de noisettes, la Turquie produisant 75% des noisettes dans le monde! 85% des noisettes partent à l’export. Ferrero notamment ! Le groupe italien est propriétaire de plusieurs usines de transformation de noisettes en Turquie, et a, semble-t-il, mis en place un programme «Ferrero Farming Values», dont l’objectif serait de renforcer les compétences agricoles et d’augmenter le potentiel de revenus des cultivateurs. En tous les cas, lesdits cultivateurs semblent fortement dépendants du géant italien…

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Noisetiers et tapis de fleurs

Enfin, nous terminons notre parcours turc avec de très grands espaces, inhabituels pour nous, notamment des grands plateaux céréaliers, actuellement recouverts de neige, au coeur des montagnes anatoliennes, entre 1500 et 2000m d’altitude.

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De la fourche à la fourchette ?

Les produits agricoles turcs se retrouvent-ils de manière prépondérante dans la cuisine turque ? Réponse de normand…  Pour une part certaine, oui ! La soupe de lentilles par exemple semble être un des plats les plus consommés ; le plateaux de fruits secs après le dîner servis tous les soirs (à moins que notre vision soit biaisé par notre statut d’invité mais quoiqu’il en soit, c’est courant). Le poulet des kebab aussi… vu le dynamisme du secteur de la volaille en Turquie. Certaines céréales, comme le boulgour probablement. Mais sur d’autres aliments, c’est plus compliqué : mises à part les volailles et quelques rares troupeaux de moutons, nous n’avons pas vu beaucoup d’élevage en dehors des élevages laitiers (les turcs sont aussi grands consommateurs de yaourts et de fromage). Au moment où nous entrions en Turquie, l’un des points discutés lors de la rencontre entre Macron et Erdoğan, était justement l’importation en Turquie de viande française, le pays étant fortement déficitaire !

Audrey & Julien, les Pignons Voyageurs

* Source : Ministre de l’agriculture France

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