Le Pamir était inscrit en haut de notre liste des endroits à voir sur notre route. Nous n’avons pas été déçus, loin de là. Sans doute parce qu’à la beauté impressionnante des paysages s’est ajouté le sentiment d’être arrivés au bout d’un monde…

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Au sud du massif du Pamir, l’impressionnante vallée du Panj. Nous suivrons cette riviere pendant 700km. Sur l’autre rive, l’Afghanistan. Celui des Cavaliers, de Joseph Kessel, du Photographe de Guibert, Lemercier et Lefèvre (deux ouvrages qu’on vous recommande de lire). Le pays du commandant Massoud et des talibans qui ont dynamité les Budhha de Bamiyan. L’Afghanistan des JT de 2001, et de presque tous les jours depuis. De l’autre côté de la rivière, des mobylettes sur les pistes étroites, des troupeaux, des femmes aux champs, des gamins qui se précipitent dehors pour la récré. Images d’une vie normale. Et pourtant tout cela nous paraît flou et lointain. Mystérieux. Comme derrière un écran. En arrivant dans le Pamir, nous sommes arrivés au bout d’un monde accessible, et nous avons vu, juste derrière un cours d’eau, ce qui sera pour nous une des dernières parts de mystère de la route de la soie.

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Ici, la tectonique des plaques fait trembler les maisons et fait couler de nombreuses sources d’eau chaudes sur votre chemin. On s’imagine que l’eau à 40° jaillit de l’enfer, juste derrière la montagne. Contrairement aux hammams marocains ou aux thermes romains, on n’a pas prévu ici de salle froide. L’objectif est clair : vous laisser vous assoupir et vous faire oublier de repartir. Vous piéger dans ce purgatoire relaxant, loin du monde de poussière et de sueur du cyclo-voyageur.

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Les vallées de l’ouest du massif sont encore relativement peuplées. Les villages se voient de loin : ce sont les oasis vertes qui rythment les kilomètres de gorges minérales. Mais avec l’altitude disparaissent les femmes et les hommes. Il restent juste quelques bergers, qui transhument, et des militaires, qui s’ennuient. On s’est enfoncé sur une piste defoncée qui nous emmène sur le plateau, à l’est du massif maintenant. Ici le ciel est bas : les nuages roulent juste au dessus de nos têtes. Leurs ombres animent le paysage. A moins que ce ne soit la terre qui soit haute : on frôle les 4000 mètres, nos bouteilles d’eau gèlent la nuit. On a retrouvé une route goudronnée et déserte : la M41, ou Pamir Higthway. Longtemps, cet axe a été un lien avec Moscou. Aujourd’hui ? Une route vaguement touristique où se croisent cyclistes, motards et autres tourdumondistes. De temps en temps quelqu’un (un administrateur soviétique ? un nomade en mal d’urbanisme?) a jeté quelques maisons sur le bas côté pour en faire une bourgade de farwest. Ambiance bout du monde, encore.

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Les cartes et les routiers nous assurent que derrière les montagnes il y a la Chine, des déserts, des villes gigantesques et peut-être même la mer. Nous avons du mal à y croire : le plus probable est que nous arriverons devant une ultime falaise qui barrera la route, et que nous ferons demi-tour, satisfaits de pouvoir raconter à quoi ressemble le bout du monde. Mais non, la Chine est bien là : elle a surgi sur un panneau, au bas d’une descente : « China border – 75km« . Comme quoi, le bout d’un monde c’est souvent le début d’un autre.

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