Le voyage touchant presque à sa fin, après vous avoir abreuvés de jolis récits, parfois essayé de vous faire rêver, il est temps de vous révéler ce que nous appellerons… l’envers du décor ! Les paragraphes qui suivent n’ont pas pour but, bien au contraire, de décourager les graines de cyclotouristes que l’on a peut-être semé (nous en serions bien fiers en tous cas !) mais plutôt de vous faire toucher du doigt les désagréments, les quelques moments de « loose », les jours un peu moins roses, qui parcourent la vie du cyclo-voyageur au long cours. Si, les paragraphes qui viennent ne vous refroidissent pas, alors foncez : vous êtes un cyclo-voyageur en devenir !

Pédaler sous la pluie, monter la tente avec les doigts gelés, prier pour que les arceaux résistent au vent…

Partir une année en voyage à vélo, c’est être plus proche de la nature, vivre au rythme des saisons… avec tout ce que cela implique comme difficultés. Les dîners en doudoune à la lampe de poche en hiver par exemple, lorsqu’il fait nuit à 16h30, et qu’on ne cesse d’enlever et remettre les gants qui nous gênent… Même si nous estimons avoir été chanceux sur la météo, nous avons aussi eu notre lot de nuits orageuses (au sens propre !) et de journées de vélo aux rudes conditions. Ce matin du 18 février en Anatolie notamment : nous nous réveillons sous la neige, et après un petit-déjeuner sous la tente, au moment d’attaquer la route gelée, nous voyons passer 2 déneigeuses, ce qui n’augure rien de bon pour le passage du col qui nous attend… Et cerise sur la gâteau : on se rend compte que la roue arrière est à plat… La motivation nous manque pour tout décharger, démonter la roue, chercher le trou dans la chambre à air… Le tout par -5 degrés sous la neige… Et pourtant, nous n’avons pas vraiment le choix ! Le froid est probablement l’une des sensations face à laquelle on se sent le plus vulnérable, mais cette péripétie reste anecdotique au regard de nos 10 mois de voyage. En revanche, le vent, élément peu dangereux, n’en est pas moins une source répétitive de difficultés et d’agacement ! Que ce soit à vélo, dans la montée d’un col où il vous oblige à mettre pied à terre, ou la nuit, où il vous empêche de dormir faisant claquer les pans de la tente et plier les arceaux !

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Sur le plateau anatolien

Les routes défoncés,  ou celles au trafic monstrueux…

Lorsqu’on voyage à vélo sur la route de la soie, on oublie assez vite l’image d’Épinal de la véloroute sécurisée, à la fois protégée des automobilistes fous et au goudron bien lisse. En effet bien souvent, on a dû faire le choix entre la « bonne route » qui s’apparente à nos routes nationales avec un trafic intense, et la petite route tranquille, peu empruntée et par conséquent non entretenue, où les trous sont plus nombreux que les cm de goudrons ! En Iran notamment où les routes secondaires se font rares et les voitures très nombreuses, et nous avons eu plusieurs fois la sentation de rouler sur l’autoroute ! Il faut vraiment être un cyclo-voyageur chevronné pour accepter ça, d’autant quand on connaît les statistiques iraniennes sur les accidents de la route ! Certains de nos collègues cyclistes ont préféré prendre le bus sur ces tronçons et on peut les comprendre ! Rouler sur les mauvaises pistes tadjiques reste plus agréable et l’on se sent un peu aventurier… mais après 500km à être secoué comme si votre vélo était monté sur un marteau piqueur, vous rêvez du bon goudron iranien, même s’il s’étale sur 2 x 3 voies !

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Une route turque 

Manger et camper sur un lit d’excréments d’animaux

Les bivouacs font partie de la magie du voyage à vélo. Camper au milieu de la végétation, faire un petit feu de camp pour se réchauffer, se faire réveiller par les chants des oiseaux, admirer le coucher de soleil depuis son matelas,… Notre imaginaire autour du bivouac sauvage est emprunt de romantisme ! Et il se vérifie dans un certain nombre de cas. Mais bien plus souvent qu’on ne pourrait le penser, les bivouacs et les piques niques ne sont pas aussi « glamours »… Ainsi, nous avons eu recours relativement souvent à la solution « abri-bus au bord de la route » pour pique-niquer à l’abri de la pluie, ou bien à la station service en guise de camping. Dans un autre genre, les cabanes de bergers abandonnées sont souvent des bons spots de bivouacs pour les cyclistes… Si l’on ferme les yeux sur la quantité d’excréments accumulés au sol…

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Préparation du repas en Chine : on essaie d’isoler nos affaires des excréments qui forment un tapis dense sur le sol… 

Phobiques administratifs… S’abstenir !

Bien que prônant la liberté, le voyage à vélo ne permet pas de s’affranchir des contraintes administratives qui nous incombent à tous ! Ainsi, même en voyage, nous avons dû faire notre déclaration d’impôts par exemple. Mais le plus difficile, pour qui a en horreur la bureaucratie, sont les demandes de visa. Bien que grandement facilitées par la fait même que nous soyons des citoyens français, certaines démarches nous ont paru relever du parcours du combattant. En effet, certains visas sont difficiles à obtenir lorsque vous ne faites pas la demande dans votre pays de résidence. On aurait d’ailleurs probablement abandonné certaines demandes sans notre réseau de cyclos avec lequel on s’échangeait des infos, et sans le super site internet Caravanistan. Si vous êtes allergique à l’administration, un conseil : ne partez pas sur la route de la soie !

Les douaniers, les policiers, les militaires…

Sans revenir sur l’épisode chinois qui a été un paroxysme en la matière, les contrôles policiers sont rarement des moments agréables. Ne serait-ce que parce qu’il faut décharger le vélo, ouvrir les sacoches… Et tout remonter ensuite ! Hors Chine, cela n’arrivait qu’aux douanes, aux passages de frontières, et déjà nous appréhendions ces épisodes, de peur qu’ils découvrent nos « objets » interdits, comme les bouteilles de gaz en Chine, ou bien certains de nos médicaments en Asie Centrale (antidouleurs un peu forts).

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Une anecdote mérite ici d’être racontée car notre plus grande frayeur face aux forces de l’ordre ne s’est pas produite en Chine, ni au passage d’un poste frontière, mais en Turquie ! Nous quittons Istanbul le 7 janvier, heureux de remonter sur notre nouveau vélo après 3 semaines de pause technique. Dans notre engouement à repartir, nous n’avons pas bien repéré le trajet et après nous être enlisés 2h sur une piste boueuse, nous atterrissons au beau milieu d’une base militaire qui n’était pas indiquée sur notre carte… La route longe une plage déserte, calme plat, pas un chat, et des grands panneaux rouges « Zone Interdite » à droite et à gauche. Ambiance film d’espionnage. Nous sommes un peu stressés mais nous n’avons aucune envie de faire demi tour sur notre piste impraticable. On avance donc vers ce qui nous semble être le camp, et tous penauds, allons essayer d’expliquer aux militaires turcs que nous nous sommes perdus, en espérant qu’ils ne nous prennent pas pour des espions… Plus de peur que de mal : on est gentiment mais rapidement escortés vers la sortie !

 

La mécanique, c’est technique !

On vous l’avoue : on avait probablement sous-estimé les compétences en mécanique nécessaires pour entreprendre un tel voyage, et nous sommes partis un peu la fleur au fusil de ce côté-ci… Heureusement, au 21e siècle, la toile internet recèle de tutoriels vidéos en tous genres, qui nous ont bien été utiles ! Comment changer un rayon ? Comment vidanger ses freins à disques ? Comment vérifier que ma chaîne est encore en bon état ?… Le premier conseil qu’on donnerait en la matière est de partir avec du bon matériel (pour éviter de faire un tour du monde des magasins de vélo, comme certains cyclistes rencontrés) ; le second serait d’avoir du matériel assez standard, pour pouvoir trouver des pièces de rechange facilement partout. Partir avec un vélo bizarre comme Roméo n’est donc certainement pas le plus facile… Même si on est toujours fan de notre engin ! Mieux vaut prévenir que guérir, tel était notre devise : nous passions donc tous les mois (en moyenne) 2 à 3h de nettoyage (cadre, roues, freins, chaines). Mieux vaut être prévenu ! Et il faut être prêt à affronter de gros problèmes techniques comme notre  casse du cadre (cf article dédié), et réviser son itinéraire en fonction !

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En plein hiver dans un salon italien (merci Ludovica !) 

Enfin, on aurait pu vous parler du mal de fesse, qui ne disparaît jamais tout à fait, même si c’est très léger dans notre cas ! Mais nous nous arrêtons là de peur de vous dégoûter du voyage à vélo ! Heureusement, on oublie vite ces moments plus ou moins désagréables, de suite après les avoir vécus, grâce à une multitude de petits bonheurs (splendides paysages par exemple) et de gestes encourageants : on ne compte plus le nombre de pouces levés, de grands sourires, de gentils coups de klaxons lancés à notre intention, et qui redonnent à coup sûrs de la motivation pour aller toujours plus loin !

 

Les Pignons Voyageurs, qui remercient une nouvelle fois Marion, pour cette série de belles illustrations dont la dernière figure dans cet article

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