Le temps de faire le point est arrivé. Notre voyage avait été suivi au ministère de l’agriculture (où travaillait Julien avant notre départ) par le service communication qui avait publié quelques articles sur l’intranet du ministère. Nous avons repris ci-dessous l’interview bilan qu’ils ont réalisé juste avant notre arrivée. Cela nous paraissait être un bon début, avant un bilan chiffré comme on les aime et une série de topitos… Bonne lecture !

Votre périple s’achève très bientôt. Comment vous sentez-vous ?
Tout va très, très bien ! Physiquement on va bien, nos corps sont à peu près rodés maintenant. Même si on a toujours mal aux jambes, après de longues journées de vélo. Et moralement aussi, ça va bien. On appréhendait un peu le retour et la fin de l’aventure, mais tout ce qui nous attend (les amis, la famille, une nouvelle vie…) nous occupe beaucoup l’esprit. Seul Roméo, notre vélo, montre peut-être quelques signes de faiblesse : rien de bien méchant, mais il commence à être rafistolé à droite à gauche…

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Rafistolage de la toile du siège à quelques centaines de kilomètres de l’arrivée

Comment abordez-vous la rentrée ?
Nous sommes un peu stressés par la quantité de choses déjà programmées ! Entre les nombreuses retrouvailles prévues, nos nouveaux boulots, la recherche d’un logement, le nettoyage en règle du vélo et du matériel… Nous n’aurons pas le temps de nous ennuyer ! On a surtout la chance d’avoir tous les deux retrouvé du travail, à Angers (Julien à la DDT 49, au service eau environnement forêt, et Audrey à l’ADEME).

Quelle est la première chose que vous avez envie de faire, dès votre retour en France ?
Il y a plein, plein de choses dont on a envie : manger du camembert, lire le journal, aller au cinéma, acheter des livres… Mais on a surtout envie de passer du moment avec nos proches. Et peut-être, aussi, de prendre un peu de temps pour nous, pour repenser posément à notre périple.

Avez-vous le sentiment d’avoir vécu cette aventure, telle que vous l’aviez imaginée ?
Globalement, oui. Sans doute parce qu’on avait lu pas mal de récits de voyage sur ces régions du monde et à vélo. On s’attendait peut-être à davantage de moments difficiles et de perturbations, mais ça n’a finalement pas été le cas et on ne va s’en plaindre ! Avec Audrey, nous sommes sur la même longueur d’onde pour ce qui est du bilan, nous avons eu le même ressenti sur cette aventure. Le fait de voyager en tandem joue en faveur de la convergence : on vit précisément la même expérience, et on échange en direct. Même physiquement, on a des sensations proches, car sur un tandem, si l’un est fatigué, l’autre compense. Et à la fin de la journée, on a tous les deux l’impression que cela a été dur !

Pensez-vous que cette aventure vous a changés, individuellement et en tant que couple ?
Individuellement, je dirais de façon très banale que ça ouvre l’esprit. Je le dis quand même, parce que je me rends compte que sur ce plan-là, on a toujours du chemin à faire, on est toujours loin d’imaginer à quel point les choses peuvent être différentes ailleurs ! On devient aussi plus souple et adaptable qu’avant. En tant que couple, c’est difficile à dire, à ce stade. Ce mode même de voyage impliquait un changement de fonctionnement au quotidien : 24h/24, 7 jours/7 ensemble et l’impératif de pouvoir compter constamment l’un sur l’autre. Mais nous allons reprendre une vie plus « normale », et là on verra ce qui a vraiment changé !

Dans quelles mesures avez-vous adapté l’itinéraire prévu au départ ?
On n’a supprimé que le dernier tronçon entre la Chine et la Mongolie, que l’on a remplacé par un tronçon Stockholm- Paris, parce que l’on craignait de voir des paysages un peu similaires à ceux de l’Asie centrale, et de rouler sur des pistes qui ne sont pas en très bon état. Cela faisait encore beaucoup de route et ça compromettait la perspective d’un retour en train. Mais au final, nous n’avons pas du tout été déçus. L’Europe du nord, c’est quand même le paradis du vélo ! On revoit des forêts, ce qui nous manquait un peu…

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Sur une route suédoise

L’accès à certains pays s’est-il avéré impossible ?
Nous n’avons été bloqués nulle part. Nous craignions de ne pas pouvoir passer au Turkménistan, mais finalement pas de souci. Et nous avons aussi obtenu le visa chinois, ce qui n’était pas acquis d’avance non plus (même si une fois dans le pays, ça n’était vraiment pas simple…). On a juste été un peu limités en Russie, avec un visa de transit de 5 jours seulement, mais nous n’aurions de toutes façons pas vraiment eu le temps d’y pédaler.

Vous avez retrouvé des proches à certaines étapes de votre voyage. Racontez-nous.
Certains de nos proches (famille et amis) nous ont rejoints à plusieurs reprises : deux fois, c’était pour des « vacances », en Iran et au Kirghizistan. Dans le premier cas, on a arrêté le vélo et on est parti avec d’autres modes de transport (train, bus,…). C’était l’occasion de voir des endroits un peu inaccessibles en vélo (le sud de l’Iran, assez éloigné de la route que l’on a suivi en vélo, le Kirghizstan qui est montagneux, et qui nous aurait donc demandé du temps en roulant). On s’est aussi rendu compte, à ces occasions, que nous étions en temps normal plutôt à l’extérieur des itinéraires touristiques, ce qui est plutôt bien pour la tranquillité, mais ce qui veut dire aussi que l’on passe à côté de certaines belles choses à voir. Une autre fois, nous avons été rejoints pour être accompagnés en vélo, en Chine. C’était un passage un peu particulier, non pas dû au fait de ne plus être seuls, mais parce que l’ouest du pays, où l’on se trouvait, n’est pas du tout facile à parcourir lorsqu’on on est étranger, à vélo qui plus est. Au final, pas de gros changements de programme pour nous, et c’est toujours intéressant d’avoir un regard extérieur sur nos pratiques. L’occasion de partager de très bons moments aussi, évidemment.

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Avec Lauriane, la sœur de Julien, au Kirghizistan 

Comment et à quelle fréquence avez-vous communiqué avec votre famille et vos amis ?
Nous avons quasiment tout le temps était reliés à Internet via la 4G, on pouvait donc rester en contact facilement par message et même au téléphone, avec des applications comme Skype ou WhatsApp. La coupure la plus longue fut d’à peine 5 jours dans le massif du Pamir au Tadjikistan, ce n’est pas bien méchant ! Et puis nous avons aussi beaucoup communiqué via notre site Internet, que nous avons réussi à alimenter chaque semaine.

Quels sont vos plus beaux souvenirs ?
Au niveau des paysages, ils sont très nombreux. Peut-être le Pamir, ce massif si impressionnant du Tadjikistan. Sur le plan des rencontres, le choix est tout aussi difficile. Nous avons été merveilleusement accueillis à Istanbul, par un tas de gens très chaleureux et qui nous beaucoup aidés, avec notre histoire de cadre de vélo cassé. Question gastronomie, on a le sentiment que c’est quand même en Italie que l’on s’est fait le plus plaisir !

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Soupe de fèves aux moules pour notre dernière soirée en Italie, à Brindisi

Enfin, sur la route, nous avons vécu des moments de vélo très agréables, où on se sentait physiquement bien, presque légers, quand on évoluait dans des cadres naturels sympas. Cela arrivait régulièrement (heureusement nous direz-vous !), mais ça fait – aussi – partie des bons souvenirs.

Quelle image forte garderez-vous de cette aventure, si vous ne deviez en retenir qu’une ?
Il est quasi impossible de répondre à cette question ! On a tellement d’images en tête. Dans un voyage comme celui-ci, la vue est le sens le plus sollicité. On emmagasine des images (et on prend des photos) toute la journée, tous les jours. On a prévu de faire un gros tri de nos clichés, dès que nous serons rentrés, et de faire tirer sur papier ceux qui nous plairont le plus. A ce moment-là on aura peut-être une réponse à donner ! J’imagine que les images qui nous plairont le plus seront celles de paysages un peu escarpés, peut-être avec le vélo au premier plan. La parfaite représentation de notre voyage pourrait ainsi être celle d’une pause, dans un beau col.

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Le dernier col avant la Caspienne, en Iran

Qu’est ce qui a été le plus agréable à vivre ?
Les bivouacs de l’été scandinave ont été très chouettes : il faisait nuit tard, il faisait beau (on est tombé en pleine « canicule »), c’était magnifique, entre forêt, lacs où océan. En plus, le bivouac est largement autorisé dans ces pays, ce qui supprime une petite source de stress ! On pourrait aussi parler des pauses dans les cafés italiens (et plus généralement dans tous les cafés…), parce que c’est bon, qu’on est toujours content de faire une pause, et qu’on y trouve une atmosphère particulière.

Et le plus difficile ?
Rouler sous la pluie, ce n’est jamais très agréable, mais on n’a pas eu trop de soucis de ce côté-là finalement. On a rencontré un peu de vent de face par moment, et ça ce n’était pas très drôle : le vent, à vélo, c’est vraiment très déprimant, et même un peu énervant ! Beaucoup plus qu’une bonne montée, par exemple. On a aussi roulé sur quelques passages un peu caillouteux, pas forcément difficiles mais là aussi, un peu agaçant et fatiguant nerveusement, parce qu’il faut rester tout le temps vigilant, au niveau du pilotage. On se souviendra aussi de certains cols bien raides et bien longs, mais qui ont presque toujours été compensés par de belles vues et de belles descentes !

Quelle a été votre plus grosse « galère » ? Et votre plus grande déception ?
LA galère de notre périple fut la casse du cadre du vélo, entre la Grèce et la Turquie ! On a pu récupérer un cadre neuf fourni par le constructeur, mais c’était un peu compliqué à gérer, surtout avec les douanes turques. Ce fut la source de quelques angoisses, il faut bien le reconnaître… Et l’occasion d’une très longue pause imposée à Istanbul, aussi.

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Deuxième tentative de soudure sur  le cadre cassé, près de Marmaris en Turquie 

La déception ?
Sans doute celle de ne pas avoir pu vraiment voir le Xinjiang chinois, à cause des fortes restrictions de déplacement pour les étrangers. Cela avait l’air splendide…

Quelle a été votre plus grande source d’étonnement ?
Les sujets politiques sont souvent des sources d’étonnement, car les choses sont différentes de chez nous et elles ne sont pas forcément beaucoup relatées dans les médias. Par exemple, on ne s’attendait pas à entendre les Turcs et les Iraniens critiquer autant et aussi ouvertement leurs responsables politiques. Même si cela se disait dans la sphère privée et à des étrangers, c’était tout de même assez véhément et récurrent. C’est à se demander comment les régimes en place tiennent encore ! À contrario, nous avons été impressionnés par la toute puissance de l’Etat chinois au Xinjiang, et par l’arsenal de surveillance et de contrôle mis en place sur ce territoire.

Avez-vous été confrontés à une situation à laquelle vous n’étiez absolument pas préparés ?
Je ne sais pas si nous étions préparés à grand chose… Nous savions qu’il y aurait de l’imprévu et nous étions a priori prêt à l’accepter et à le gérer du mieux possible, le moment venu. En revanche, peut-être aurions-nous pu mieux anticiper les petits soucis mécaniques. Un exemple très bête : on a cassé un rayon en Turquie et là, on s’est aperçu que les rayons de rechange que l’on transportait depuis 5000 km n’étaient pas de la bonne taille !

Qu’avez-vous vécu de plus… cocasse ?
En Chine, on s’est retrouvé à dormir dans une caserne de gendarmerie au milieu du désert ! En fait, il était trop tard pour rallier le prochain hôtel, et les gendarmes ne voulaient pas nous laisser seuls dans la nature. On s’est vraiment cru dans un camp romain d’Astérix et Obélix ! Les gendarmes étaient armés de lances et de boucliers, ils faisaient la queue pour avoir leur soupe… Et il régnait une atmosphère étrangement endormie dans ce camp retranché et fortifié.

Quelle fut la rencontre la plus émouvante ?
Le soir où nous avons été accueillis par un couple de jeunes retraités italiens, un peu avant Florence. On venait de crever, on désespérait de trouver un endroit où camper et ils nous ont fait dormir chez eux. Et même mieux : dans leur chambre à coucher, tandis qu’ils s’installaient dans les lits superposés de leurs enfants (devenus grands) ! Nous avons souvent été hébergés chez l’habitant par la suite, en Turquie, en Iran, en Asie Centrale, mais là c’était l’une des premières fois, et ils ont vraiment été adorables.

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