Après notre détour chinois, nous sommes ravis, presque soulagés, de revenir en Asie Centrale, où nous nous sentons « comme à la maison ». Nous retrouvons nos habitudes alimentaires des trois derniers mois, decryptons beaucoup mieux les codes, pouvons lire les menus des restos et échanger quelques mots… La traversée du Kazakhstan, principalement en train, complète notre puzzle centrasiatique. Nous serons passés par toutes les ex-républiques soviétiques d’Asie Centrale. Liés par une histoire commune, ces pays nous ont toutefois marqués par leur diversité et leur complexité. Nous repartons avec l’impression de n’avoir pas réussi à démêler tous les fils de la pelotte centrasiatique, où depuis plusieurs millénaires les influences perses et arabes confrontent les cultures chinoises et mongoles. Ajoutez par dessus un siècle de domination russe, puis soviétique : et bien ça fait un sacré mélange !

Méli-mélo géologique

Un peu de sciences de la Terre pour démarrer : il suffit de regarder la carte géologique du coin pour s’apercevoir que cette zone est un sacré bazar depuis des millions d’années. Non loin de la zone de confrontation entre les plaques indiennes et eurasienne, à l’origine de la chaîne himalayenne, la zone est donc sous contrainte forte : d’où ces belles montagnes ! D’un point de vue paysager, le résultat est stupéfiant : nous sommes passés à plusieurs reprises, en moins de 2 jours de vélo, de déserts désespérément plats et arides à des montagnes verdoyantes, aux airs alpins. En passant par des canyons comme on les imagine en Arizona, des lacs suisses et des grandes prairies évoquant la Mongolie.

 

Méli-mélo géographique

Le méli-mélo se traduit également par les frontières complètement ubuesques ! Nous l’avons déjà évoqué dans un précédent article : les frontières entre ces pays résultent de l’époque stalinienne, et ont été dessinées non pas pour respecter les peuples et les ethnies mais pour les contrôler plus facilement ! Résultat : des inclusions, des frontières bien tordues… Et du coup : un grand nombre d’ouzbeks au Kirghizistan, une majorité de kirghiz sur l’ensemble du plateau du Pamir au Tadjikistan,… C’est très bien tous ces mélanges me direz-vous ! Mais c’est aussi une source importante de conflits, notamment au nord de l’Ouzbékistan et au sud du Kirghizstan, ces peuples n’ayant pas les mêmes cultures et religions…

 

Méli-mélo ethnique

La diversité ethnique est en effet très forte dans ces pays, résultat des siècles de migrations et d’invasions de par sa situation à un carrefour de l’Asie. Les identités nationales étant finalement très récentes, la plupart des personnes rencontrées se définissent par leur groupe ethnique et non par leur pays. Et il y a de quoi s’y perdre, car avant l’arrivée des russes, les peuples centrasiatiques, nomades pour la plupart, formaient une multitude de clans sur une multitude de petits territoires. Cette diversité ethnique se traduit par une grande diversité de visages croisés sur notre route (et de couvre-chefs aussi !) : les tadjiks ont un profil perse presque méditerranéen, tandis que les kirghiz ou les kazakh ont des têtes rondes aux yeux bridés, et les turkmenes nous ont rappelés les turcs… Sans oublier les très nombreuses minorités présentes dans ces pays : les russes, les tatares originaires de Russie, les ouïgours, les coréens présents en nombre au Kazakhstan… Et ce n’est pour nous que la partie visible de l’iceberg ! Puisque au sein de ces catégories grossièrement dessinés se cachent une diversité bien plus grande. Ainsi, un de nos hôtes au Tadjikistan ne se considérait pas tellement tadjik mais Pamiri (c’est à dire de la région du Pamir). Et parlait un dialecte différent de la ville où nous étions passé la veille (à 50km à peine).

 

Méli-mélo culturel

Carrefour culturel enfin. Ainsi, nous avons retrouvé certaines traditions perses découvertes en Iran : dormir sur des matelas à même le sol, même dans les familles aisées, manger assis en tailleur sur des tables basses (au grand désespoir de Julien !), et dans tous ces pays on fête également Nowruz (le nouvel an Perse : Cf notre article dédié)! Mais l’influence chinoise commence également à se faire sentir, notamment à partir du Kirghizistan, via la nourriture par exemple et la popularité du Laghman, plat ouïghour (grosses nouilles en sauce) dans ces pays. La Mongolie n’est également plus très loin : peuples principalement nomades avant l’arrivée des russes et la sédentarisation forcée, ce mode de vie est encore bien présent dans certaines contrées : les yourtes et les roulottes poussent comme des champignons à l’été au Kirghizistan ! Et le cheval est un mode de déplacement encore très développé dans ce pays.

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Enfin les marqueurs russes sont encore bien présents : à travers l’urbanisme des grandes villes turkmenes, les statues de Lenine omniprésentes au Kirghizistan, et la langue russe, bien sûr, qui peut vous permettre de vous faire comprendre à peu près partout dans ces pays !

 

Méli-mélo urbain

Nous avons également fait le grand écart côté urbain : d’un côté les belles Samarkand et Boukhara, anciennes villes chargées d’histoire de la route de la soie, qui ont constituées pour nous un prolongement des splendeurs iraniennes. De l’autre, les villes ultra moderne du Kazakhstan : Astana, capitale toute récente (depuis à peine 20 ans) dont les grattes ciels, les centre commerciaux et les bâtiments futuristes ont poussé comme des champignons au milieu de la steppe, et semblent encore maintenant relativement vide d’habitants ; tout du moins comparée à sa sœur Almaty, capitale économique et culturelle du pays, dans laquelle on se croirait presque en Europe, avec ses cafés branchés, ses boulangeries aux noms français (« La Baguette »), ses restaurants italiens (« Del pappa »), ses grandes avenues arborées, ses pistes cyclables, et même ses chauffeurs très respectueux des piétons !

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Astana, capitale du Kazakhstan

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