Quand on a inscrit à son CV de cyclo-randonneur un tour de Bretagne, la Loire à vélo et une petite traversée des Vosges, rouler dans le désert relève forcément de la grande découverte. Impressions après une dizaine de jours dans le nord-est iranien et le Turkménistan !

Pédaler jusqu’à plus soif
Rouler à vélo dans le désert c’est d’abord un changement de rythmique et de topographie. Les routes sont souvent plates, ou presque. Et elles sont souvent droites, ou presque. Les montagnes au loin mettent des jours à nous rejoindre. Les faux-plats durent suffisamment longtemps pour qu’on finisse par oublier pourquoi c’est dur.

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Dans ces régions où les azimuts sont tracés pour des journées entières, le vent peut vite devenir la très mauvaise nouvelle du jour. Il vous fatigue, il vous énerve, et vous rend succeptible. Le bruit qu’il fait dans vos oreilles en permanence est une torture. Le sable qu’il vous fait ingurgiter vous coupe l’appétit. Et pour finir, le vent souffle sans contreparties : contrairement à la montée, pas de descente après la tempête ; contrairement à l’orage, pas de lumières contrastées et photogéniques après une journée qui souffle. Et à ceux qui me diraient qu’il va parfois dans le bon sens, je répondrais qu’il n’y a pas de vent dans le dos : il y a juste des cyclistes en forme.
Rouler à vélo dans le désert, on ne peut pas dire que cela soit difficile, comme un col long et franc, mais cela a quelque chose d’usant.

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Seuls, vraiment ?
Le désert est rempli. Rempli de tâches de verdure, dès que l’eau affleure ou tombe du ciel, même en petite quantité. Les hommes sont allés la chercher en fouillant sous la terre et en la menant sur des kilomètres, dans des tunnels bien à l’abri du soleil : ce sont les impressionnants quanats.

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Le désert est rempli de bestioles : scarabées, fourmis, oiseaux, tortues, lézard, renards, dromadaires… Ils sont d’autant plus visibles que la végétation est clairsemée. Par endroit, des troupeaux de moutons profitent temporairement d’un peu d’herbe avant de monter dans des camions qui les ramèneront vers des contrées plus favorables.
Le désert est rempli de femmes et d’hommes. Et manifestement depuis longtemps : les caravansérails ponctuent la route du cyclo-voyageur ; près d’un oued asséché, trois tessons de poterie attendent par terre le cyclo-voyageur naïf qui leur donnera le passé glorieux et très lointain qu’ils n’ont sans doute pas.

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Et aujourd’hui, les camions du monde entier, ou presque, se suivent sur les traces des caravanes d’hier. En restant sur les grands axes, nous n’avons finalement que rarement été seuls, sauf à se cacher le soir au bivouac.
Rouler dans le désert, ce sont beaucoup de rencontres.

Le corps et l’esprit
Sur le vélo, le désert est donc une petite épreuve, qui exige un effort lancinant. Cet effort gêne l’exercice de contemplation du monde auquel est habitué le cycliste. Il faut trouver d’autres occupations à l’esprit, et même, le nourrir de force. Dans le désert, sur notre vélo, on a ainsi fait la connaissance des podcasts de France Culture. On est vite devenu accro. Merci au passage à Cedric pour la recommandation. On a aussi écouté de la musique. Et on a refait le fil de notre voyage, jour après jour.
Par contre, dès que la machine s’arrête, dès que la tente est montée, alors l’esprit redevient vite sensible aux lumières (qui changent chaque heure dans ces endroits), aux reliefs lointains, aux habitants de ces coins de sable et de cailloux. L’envoutement est rapide, efficace. Le désert accroche les esprits un tant soit peu disponibles, et finit par fasciner les cyclo-voyageurs qui ont sué, tête baissée, pour arriver là.
Rouler dans le désert, c’est souffrir un peu, mais voir autre chose.

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