Cela nous fait un peu de mal de l’avouer mais le vélo, comme moyen de transport au long cours, a quelques limites. Il n’est pas très rapide et il ne roule pas sur l’eau. Rares sont les cyclo-voyageurs qui restent puristes jusqu’au bout et qui n’ont recours à aucun autre moyen de transport au cours de leur périple. Un obstacle (un peu d’eau, un pays peu accueillant, un grand désert…) ou une irrépressible envie de changer d’air finissent toujours par surgir. Nous ne faisons pas exception à la règle : nous avons testé le bateau, le bus, le train. Il nous manquera juste l’avion. De toutes ces options, le bateau est loin en tête dans notre classement personnel des alternatives au vélo.

Pratique
Le bateau est d’abord une option pratique pour les cyclistes. Il est généralement facile de monter sur un bateau à vélo. Pas besoin de démonter, de décharger : on embarque, tout simplement !

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Le vélo est dans un coin de la cale ou du pont, il tangue gentiment, il aurait sans doute le mal de mer si il avait un estomac, mais il reste debout sur sa béquille. Prendre le train ou le bus nécessite souvent un démontage en règle.

Et même parfois, plus compliqué et plus incertain, d’amadouer le chef de bord pour qu’il passe outre le règlement (dans ce cas, aucun scrupule : on supplie, on sort les photos, on montre le trajet de 13500km, on prétend que depuis notre départ tout s’est toujours très bien passé et que ce serait notre première difficulté…). Autre point positif : le port est souvent proche du centre-ville, contrairement à l’aéroport. Cela peut nous épargner des kilomètres urbains pas toujours géniaux, comme à Istanbul, megapole de 15 millions d’habitants où on debarque à quelques hectomètres de la basilique Sainte Sophie (ce qui en plus d’être pratique, laisse tout de même assez rêveur…).

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Écologique
Ou tout du moins pas trop trop mauvais pour l’environnement… Les chiffres sur les émissions de CO2 sont relativement parlant :

Le bateau, comme nous l’avons pratiqué, n’est néanmoins pas exempt de critiques écologiques (ni le vélo d’ailleurs). Pollutions sonores qui peuvent perturber la faune marine, rejets d’huiles et de fuel, transfert d’espèces invasives via les eaux de ballast,…sont quelques exemples. Mais au final le bateau ressemble bien à une moins pire des solutions.
Cette dimension écologique du voyage a beaucoup d’importance pour nous. Pas seulement par un altruisme complètement désintéressé, mais aussi pour une question de cohérence. « Voir le monde » est un leitmotiv de cette grande promenade, et cela nécessite au préalable de préserver le monde en question. D’où le vélo. Et d’où le bateau, ou le train, quand il faut accélérer un peu. Snob, prétentieux, moralisateur… C’est parfois ce qu’on éprouve en affirmant : « je refuse de prendre l’avion pour des raisons environnementales ». On l’affirme avec d’autant moins d’assurance que l’on se sait plein de contradictions : on aurait sans doute râlé si on nous avait dit « votre nouveau cadre arrivera dans 3 semaines par cargo »… et on était aussi bien contents de voir arriver – en avion – les copains et la famille qui nous rejoignaient pour quelques semaines au cours du périple. La protection de l’environnement a cela de socialement difficile : elle repose en bonne partie sur des actes personnels mais qui ne font sens et ne produisent de l’effet que s’ils sont multipliés. Alors faut-il être prosélytes, convaincre ses voisins, au risque de dresser les gens les uns contre les autres et d’introduire du jugement entre eux ? Ou faire confiance à la politique (au sens noble du terme) pour généraliser ses pratiques, ce qui implique par contre sans doute d’accepter des compromis ? De notre côté on essaye de vous faire rêver de voyage à vélo, en espérant en convertir quelques-uns !

Lent, libre, contemplatif
Ce qui nous rapproche enfin du voyage en bateau, c’est peut-être une philosophie de lenteur et de liberté. En bateau on a du temps. Du temps pour soi et pour penser. Du temps pour contempler, d’autant qu’on a face à nous des paysages nouveaux.

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En bateau, on voit le décor évoluer, comme en vélo. La prochaine escale se dessine lentement, on a le temps de s’y préparer; comme on avait eu le temps de faire ses adieux à la ville précédente, pendant que le bateau finissait de charger et de faire ses manœuvres. Le train apporte un peu la même impression de lenteur, mais il apporte aussi son lot de contraintes : on y est un peu à l’étroit (ce qui a par contre l’intérêt de favoriser les rencontres) et on est prisonnier des rails. Tout ceci est relativement symbolique : de même que les rails sont en place depuis des décennies, le trajet du ferry est sans doute déjà chargé dans le GPS du navire depuis des années. Mais la possibilité théorique de changer de cap nous suffit. Et à vrai dire, même à vélo on peut relativiser notre liberté de mouvement : celle-ci doit rester inscrite dans le cadre fixé par le réseau routier, nos capacités physiques et notre calendrier…

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A bien y réfléchir, il faudrait pousser l’expérience plus avant et embarquer en voilier, qui seraient peut-être plus proches, dans l’esprit, du voyage à vélo. Mais à voir les petites embarcations qui tanguent en croisant la rouge de nos ferry, on hésite un peu…Les grands bateaux que nous avons pris, dont on sent à peine le roulis, rassurent sans doute les terriens que nous sommes !

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