Ceux d’entre vous qui connaissent la Turquie ne seront pas surpris : difficile de ne pas consacrer un article entier au çay (prononcer « tchaï »), le thé turc !

Après les cafés italiens, nous découvrons avec plaisir les salons de thé turcs ! Rien de semblable avec un salon de thé à l’anglaise. Spartiate mais efficace : imaginez une salle rectangulaire, aux murs beiges ou jaunis par le temps, quelques vieilles tables et chaises en bois ou métal, un poêle au milieu de la pièce. Les clients, presque exclusivement des hommes, de 30 à 60 ans. Au cœur du village, sur la place principale, souvent non loin de la mosquée, ils y viennent, en plus de boire cette boisson nationale, s’y retrouver, et parfois jouer au « okey » (sorte de rami). Si vous cherchez un endroit plus « girly », il faut plutôt viser les « pastane » (pâtisseries), où vous pourrez accompagner votre thé (ou café) d’une petite douceur turque.

Mais le çay ne se boit pas uniquement dans les maisons de thé. Le çay est ici autant une boisson, qu’une marque d’hospitalité (très souvent offert aux touristes, aux clients…) et un prétexte social ! Il joue le même rôle que la cigarette dans certains pays et nous permet, à nous, voyageurs, de rentrer très rapidement en contact avec une multitude de personnes. Sur le bord des routes, chez le coiffeur-barbier, chez la marchande de fruits secs au marché, sur la place principale du village, chez le réparateur de vélo, dans les stations services (lorsque nous utilisons les compresseurs), chez nos hôtes, au restaurant après le repas… Nous acceptons en moyenne 2 invitations par jour à boire le çay et en refusons bien plus, sans quoi nous n’aurions jamais atteint Istanbul!

Petite histoire du thé turc

Il était une fois l’empire ottoman, ses sultans, ses harems, et… son café turc, importé du Yémen, à l’époque où l’empire s’étendait jusque dans la péninsule arabique. A la chute de l’empire, les turcs perdirent par la même occasion leur principal fournisseur et café. Pour parer à cette perte terrible et permettre à la Turquie d’être auto-suffisante en caféine, Atatürk décida qu’on cultiverait du thé, puisque que certaines régions agricoles y sont propices. C’est ainsi que le thé détrôna le café en Turquie, au moins en termes de quantité de caféine ingéré par ses habitants, même si le café turc est encore également consommé.

La Turquie, à la fois grand producteur et grand consommateur de thé

Cette petite histoire explique donc aujourd’hui que la Turquie soit à la fois un grand producteur et un grand consommateur de thé:

  • La Turquie se place en effet en 6e position des pays producteur avec 148kT/an sur les 4162kT/an au niveau mondial (chiffres FAO, 2010), après la Chine, l’Inde, le Kenya, le Vietnam et le Sri Lanka. Le thé est cultivé, encore aujourd’hui, sur les côtes de la mer noire, autour de Trabzon et Rize (nous n’aurons pas l’occasion d’y passer malheureusement). Les feuilles de thé sont flétries et fermentées pour produire un thé noir fort et assez parfumé.
  • La Turquie est en 4e position en termes de consommation de thé par habitant avec 2,02 kg/an/habitant (après le Koweït, l’Irlande, le Quatar). A la question « Combien de thé buvez vous par jour ? », les réponses sont variables : 10 pour le coiffeur, 30 pour une étudiante d’Erbaa, 200 pour le pompiste ! Une chose est sûre : tout le monde boit du thé !

 

« Monsieur thé »

La plupart du temps, le thé est préparé dans une sorte de théière-bouilloire à deux étages (appelée danlık) dont la partie bouilloire se trouve en bas et la théière en haut. On verse d’abord le thé de la partie supérieure, puis on le dilue avec plus ou moins d’eau de la partie inférieure.

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Le thé est présenté dans des petits verres transparents en forme de tulipe évasée, censés conservés la chaleur et les arômes, placé dans une petite sous-tasse, avec 2 morceaux de sucre, et une mini-cuillère. On se demande pourquoi les verres ne sont pas plus grands, ce qui éviterait de nous resservir, parfois jusqu’à 5 fois, dès que notre verre est vide !

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Le thé se boit à tous les moments de la journée: du petit-déjeuner au coucher, à la maison, dans la rue, au café, au travail.
Nous avons d’ailleurs découvert la drôle de profession de « çayci » (homme à thé, et oui, nous n’avons jamais vu de femmes à ce poste!), chargé de faire le thé frais et le livrer sur commande aux commerçants du quartier. Les dits commerçants disposant même d’un interphone dédié pour appeler l’homme à thé ! Celui-ci débarque 5 minutes plus tard, avec un plateau remplit de verres de thé.

Cette culture du thé ravit les voyageurs que nous sommes, assez fous pour traverser la Turquie à vélo en hiver. Le çay réchauffe ainsi nos organismes plusieurs fois par jour, et nous permet de rencontrer des turcs de différents horizons, le çay étant réellement une institution partagée par tous les milieux sociaux et les régions de Turquie !

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Audrey & Julien, les Pignons Voyageurs

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